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Accès rapide aux chapitres de la page :

         1. L'ours des bambous

         2. Le problème de la floraison du bambou

                           2.1. Le cycle du bambou

                           2.2. Conséquences pour le panda

                           2.3. Exemples

         3. Adaptations

                           3.1. Dentition et crâne

                           3.2. Système digestif

                           3.3. Le pouce du panda

 

 

1. L'ours des bambous

  

Malgré que ses ancêtres étaient carnivores et qu'il possède toujours un système digestif caractéristique des carnivores, le panda géant consacre aujourd'hui une grande partie de sa journée à se nourrir de bambous.

En effet, ce régime alimentaire est très spécifique puisque l'animal se nourrit presque exclusivement (99% de son alimentation) des différentes espèces de bambous qu'il trouve dans son habitat de hautes montagnes. Cette spécificité lui a valu le surnom d'"ours des bambous" par les populations locales.

  


Le bambou, source de nourriture quasi-exclusive du panda.

  

Mais il arrive aussi que les pandas mangent de la viande, principalement des carcasses d'animaux. Il peut consommer également quelques iris, crocus, gentianes et, à l'occasion, un petit rongeur ou, éventuellement, un poisson.

  


Quelques prises de vue rares qui montrent un panda se nourrissant d'une carcasse d'un ongulé.

  

Le bambou est une nourriture pauvre en éléments nutritifs qui procure suffisamment d'énergie pour survivre mais sans plus. Le panda doit par conséquent en consommer beaucoup, de 12 à 38 kg par jour, passant ainsi jusqu'à 14 heures par jour à se nourrir, n'interrompant cette activité que pour se reposer ou effectuer de courts déplacements. De même, ce faible apport nutritif qui empêche la constitution de réserves de graisse explique que le panda n'hiberne pas. Rappelons que le panda géant, tout comme l'ours malais, n'hiberne pas, ce qui les différencie des six autres espèces d'ours actuels.

Le grand panda préfère les parties les plus nourrissantes et les moins fibreuses des plantes, comme les jeunes pousses et les jeunes feuilles. Mais bien entendu, il consomme, selon les saisons, les tiges, les rameaux ou les feuilles. De novembre à mars, il mange essentiellement les feuilles et les jeunes tiges. D'avril à juin, son choix se concentre sur les tiges plus âgées et de juillet à octobre, il n'absorbe pratiquement que les feuilles. Cependant, en qualité nutritive, la composition globale des bambous change peu au cours de l'année : les feuilles sont les plus riches en protéines, suivies des rameaux et des tiges.

L'habitat des pandas comprend une quarantaine d'espèces de bambous comestibles mais les pandas en préfèrent une dizaine. Cependant, ils ne les trouvent pas toujours toutes sur leurs territoires et ils se nourrissent préférentiellement (quand ils ont le choix et selon le lieu) de deux espèces de bambous :
        - Le bambou-flèche : Sinarundinaria fangiana = Bashania fangiana = Gelidocalamus fangianus. Cette espèce est plus robuste que la seconde et se trouve majoritairement entre 2300 et 3600 mètres d'altitude.
        - Le bambou-parapluie : Fargesia spathacea = Fargesia robusta. Cette espèce peut atteindre 4 mètres de hauteur et se trouve entre 1600 et 2700 mètres d'altitude. Ils forment des bosquets denses.

  


Graphique montrant en fonction de l'altitude les différents étages de végétation, la présence de pandas et des espèces de bambous.

 

Pour manger, le panda s'assied sur son arrière-train, pattes tendues, dos courbé, tenant ses longs bambous et mâchant lentement feuilles et pousses.

Avec tout ce qu'il ingurgite, le panda doit éliminer énormément. Comme il ne digère pas la cellulose et comme son tube digestif court ne peut absorber que les éléments solubles du bambou, le bol alimentaire séjourne peu de temps dans son estomac. Les parties non digérées sont éliminées entre cinq et quatorze heures après l'ingestion. En général, il ne défèque pas lorsqu'il mange ou recherche de la nourriture, et peu lorsqu'il se repose ou se promène. Il vide plutôt ses intestins lorsqu'il dort. Ses excréments, qui peuvent atteindre plus de 20 kg par jour, ne sont pas trop difficiles à trouver si bien qu'ils sont des indices pour les zoologistes qui examinent leur longueur ou le degré d'écrasement du bambou à l'intérieur. Ils peuvent ainsi savoir dans quel état sont les dents de l'animal et déterminer l'âge du panda en fonction de la taille et de l'aspect des excréments.

  


Excrément de grand panda.

 

D'autres animaux qui partagent le territoire du panda se nourrissent également de bambou. Citons le rat des bambous, le petit panda, le takin, l'ours noir, le sanglier sauvage ou encore le porc-épic.

  

 

Pour en savoir plus :

        > La végétation qui compose l'habitat du panda : Les formations forestières où l'on trouve le panda sont riches en différentes espèces de plantes

        > Créer des couloirs de bambous pour relier des habitats isolés : Pour relier entre eux les pandas qui vivent dans des poches isolées, le WWF a identifié des zones pouvant être transformées en couloirs de bambou ce qui permettrait aux pandas de trouver plus de nourriture et plus prioritairement de rencontrer de nouveaux partenaires pour la reproduction

        > L'alimentation du panda en captivité

 

 

 

2. Le problème de la floraison du bambou 

 

 

            2.1. Le cycle du bambou

 

Le bambou est une plante vivace qui fait partie de la famille des graminées comme le blé ou le maïs. Il peut pousser partout si bien que l'on peut le retrouver dans des régions du globe très différentes. Mais c'est en Asie du Sud-Est qu'ils sont les plus abondants.

Un massif de bambous met plusieurs dizaines d’années pour se développer. Ce développement nécessite de l’ombre apportée par des sapins âgés. Les bambous s’épaississent en lançant sous terre des tiges ou rhizomes qui émettent eux-mêmes des pousses. Mais, comme c’est le cas pour toutes les plantes à fleurs, la dissémination des bambous et la préservation de leur diversité génétique ne se fait que par l’intermédiaire de graines. Or ces graminées ont la caractéristique inhabituelle de ne fleurir que très rarement, une fois tous les 10 ans ou même tous les 100 ans suivant les espèces. Cette floraison est suivie de la mort immédiate de la plante. De jeunes sapins vont alors coloniser les espaces laissés ainsi vides. Plus tard, ces arbres fourniront l’ombre dont les bambous ont besoin pour pousser.

 

 

            2.2. Conséquences pour le panda

 

Autrefois, lorsque les forêts étaient intactes, la mort de massifs de bambous ne posait pas de problème majeur aux pandas. On pouvait même noter un effet positif : ceci permettait aux différentes populations de pandas de se rencontrer pour échanger leur matériel génétique.

Maintenant, l’exploitation forestière et le défrichage a fractionné le territoire des pandas. Dans les territoires où ne poussent qu’un seul type de bambous, les pandas sont condamnés à mourir de faim.

Fort heureusement, ces conditions sont rares. En effet, en général le territoire des pandas est composé de plus d’une variété de bambous comestibles pour eux. Il n’y a pas non plus de problème là où les bambous qui poussent à différentes altitudes ne fleurissent pas tous en même temps : lorsque les plantes meurent à une certaine altitude, d’autres prospèrent plus haut ou plus bas. Lorsque les floraisons ne sont pas simultanées, les pandas s’accommodent en se déplaçant d’une zone à l’autre.

 

 

            2.3. Exemples

 

Dans les années 80, deux lieux où vivent des pandas ont subi cette floraison (et donc la mort) du bambou :

- 1974 à 1976 : Mort de 3 espèces de bambous en même temps (dont Fargesia spathacea) dans les monts Min (nord Sichuan + Gansu + réserve de Wanglang) : cette floraison simultanée a entraîné la mort d’au moins 138 pandas (ce chiffre semble maintenant être admis par la plupart des spécialistes).

- 1983 : mort de 90 % de Sinarundinaria fangiana dans les zones affectées de la réserve de Wolong (réserve étudiée par GB Schaller dans les années 80 - travaux retranscrits dans la bible du panda “Giant pandas of Wolong”). Les conséquences ont été beaucoup moins dramatiques : on estime que moins de 6 pandas sont morts suite à cette floraison sur les 18 vivant dans la zone affectée.
Plusieurs raisons sont attribuées à ces chiffres moins dramatiques :
   > meilleure adaptation des pandas : une seule espèce de bambous étant morte, les pandas se sont rabattus sur d’autres espèces restantes.
   > d’autres pandas ont changé d’altitude pour retrouver des bambous.
   > mesures de sauvetages importantes : cette floraison était prévue et les mesures mises en place pour nourrir et secourir les pandas ont été sans précédent (cf l’article de La Chine en Construction - janvier 1984 - Sauvetage des pandas géants).

C’est donc bien la floraison de 1976 qui est la plus souvent citée comme dévastatrice pour les pandas car plusieurs espèces de bambous ont péri en même temps. De même, ces années étaient synonymes d’explosion de la déforestation et les pandas n’étaient pas encore “adaptés” à la restriction de leur territoire.

Pour palier au morcellement du territoire du panda, les chinois établissent actuellement des corridors pour permettre le déplacement des différentes populations d’un lieu à un autre en particulier pour la reproduction mais aussi pour éviter aux pandas de mourir de faim en cas de floraison du bambou.

On estime qu’une autre floraison multiple et importante devrait avoir lieu en 2028. Des mesures supplémentaires seront alors prises.

 

 

 

3. Adaptations

 

Comment le panda s'est-il adapté à ce menu de végétarien ? Plusieurs adaptations morphologiques signent le lien entre pandas et bambous ; le sixième doigt étant la plus caractéristique.

 

            3.1. Dentition et crâne

 

Le grand panda présente des molaires larges et aplaties qui jouent le rôle de dents broyeuses.

Les mâchoires du panda comportent une denture qui ressemble plus à celle d'un herbivore qu'à des dents d'ours. Des canines pointues servent à couper les tiges ligneuses. Des pré-molaires, grosses et garnies de nombreuses cuspides, agissent comme des molaires et contribuent au broyage des fibres végétales.

Le grand panda possède 42 dents et sa formule dentaire est la suivante : incisives 3/3, canines 1/1, prémolaires 4/4, molaires 2/3 :

 

I 3/3 + C 1/1 + PM 4/4 + M 2/3

 

  

Parallèlement, la tête du panda est exceptionnellement large ce qui donne une grande puissance aux muscles de la mastication. Ces muscles puissants, qui articulent les mâchoires, sont attachés à une crête sagittale en saillie. En effet, la modification de la musculature masticatoire a profondément modelé le crâne du panda : la crête sagittale (sommet du crâne) et l'arcade zygomatique (articulation des mâchoires) ont un développement considérable.

Cette proéminence osseuse en forme de lame sur le dessus du crâne qu'est la crête sagittale apparaît avec l'âge.

 

 
Crânes de pandas.

 

 

            3.2. Système digestif

 

 

Le panda est un animal carnivore au régime essentiellement herbivore et son tube digestif n'est pas bien adapté à un régime herbivore aussi strict. Il n'assimile donc pas bien le bambou, digérant environ 17% de la nourriture qu'il ingère, au lieu de 80% comme un herbivore. En effet, ce qui est un trait primitif, il n'assimile pas la cellulose tapissant la paroi des cellules végétales. Chez les autres végétariens, des bactéries intestinales contenant des enzymes libèrent les éléments nutritifs devant être digérés. Les pandas, privés de ces bactéries, ne digèrent que 17% de ce qu'ils mangent.

L'intestin du panda est court, il ne mesure pas plus de six fois la longueur de son corps, comme la plupart des carnivores. Les herbivores présentent un tube digestif jusqu'à 25 fois la longueur du corps, ce qui permet de mieux recueillir les éléments nutritifs d'aliments beaucoup moins nourrissants, à poids égal, que la viande.

L'estomac du panda est peu complexe et ne comporte qu'une seule poche, contrairement à l'estomac de la plupart des herbivores qui en comporte plusieurs.

 

 

 

            3.3. Le pouce du panda

 

 

Pour attraper plus facilement les pousses de bambous, le panda possède à ses membres antérieurs une sorte de pouce opposable aux autres doigts : on appelle ce pouce le sixième doigt du panda. C'est sans aucun doute l'adaptation la plus caractéristique du panda. Il s'en sert pour saisir le bambou, l'éplucher (le décortiquer) et le porter à sa bouche (après son repas, les restes sont visibles sous forme de tas de copeaux).

Ce pouce est constitué par un os du carpe : l’os sésamoïde radial. Il y a donc une modification du squelette de la main.

Pour s’alimenter, le panda tient serrés entre ses pattes antérieures les bambous, dont il effeuille les tiges en les passant entre son “pouce” et les 5 autres doigts. Ce pouce n’est pas vraiment un doigt, mais un os du carpe, qui fait fonction de sixième doigt, presque aussi long que les autres. Les pousses sont maintenues dans un creux séparant les doigts du “pouce” qui s’articule avec l’os pour lui procurer la force et avec les muscles pour l’habileté. Ce dispositif lui permet de manipuler la nourriture avec une grande dextérité.

On a beaucoup écrit sur le pouce du panda. Selon les conclusions de Davis, il n’était pas génétiquement bien formé, mais l’évolution a fait ce qu’elle a pu avec ce qu’elle avait. Le pouce n’était pas conçu pour la tâche spécifique, mais le résultat final est le même.

 

 


Le panda se sert d'un doigt opposable aux autres pour saisir et décortiquer les pousses de bambous.

 

Main du grand panda avec le sixième doigt que l'on aperçoit à gauche,
qui lui sert pour saisir et consommer sa nourriture car il est opposable aux autres doigts (au nombre de 5).

 


Pousse de bambou saisie à l'aide du sixième doigt.

 


Squelette d'une main de panda.

 

Dessins de Davis, 1864 :
A - Main de panda géant (membre antérieur)
B - Pied de panda géant (membre postérieur)

 


Nous visualisons bien sur cette photo les différences entre les pattes antérieures et les pattes postérieures.
Les pattes antérieures présentent un sixième doigt tandis que les pattes postérieures en sont dépourvues.