4 mai 2012 : La province indonésienne qui abrite les varans de Komodo est réticente à en échanger contre des pandas :
L'administration de la province indonésienne dite des "Petites îles de la Sonde orientales" (en indonésien : province de Nusa Tenggara Timur) a refusé le récent projet du gouvernement central indonésien d'échanger des varans de Komodo contre des pandas avec la Chine.
Or le varan de Komodo ne vit que sur l'île de Komodo, dans le Parc National de Komodo, dans les Petites Îles de la Sonde ; et Frans Salem, Secrétaire de la Province des "Petites îles de la Sonde orientales" a fait savoir jeudi 3 mai que l'administration de la province avait promis de ne pas prélever des varans de Komodo pour les envoyer à la Chine et a précisé que les résidents locaux refuseraient un tel projet. « Le varan de Komodo est l'atout le plus précieux de la province. Si vous souhaitez en voir, visitez leur habitat d'origine » a ajouté Salem.
Ce positionnement provincial fait suite à l'annonce en avril dernier d'une possibilité d'échange entre l'Indonésie et la Chine de leurs espèces emblématiques comme symbole de leurs relations diplomatiques bilatérales (lire l'article).
Salem a ajouté que la province devrait accueillir en 2013 une manifestation de voiliers (la régate Sail Komodo) qui rassemble des participants de plus de 100 pays et que « prélever des varans de Komodo de leur environnement naturel n'est pas une bonne idée ».
L'arrivée de pandas géants en Indonésie est donc compromis suite à cette décision.
3 mai 2012 : Nouvelle étape décisive pour Tao Tao, la dernière avant sa réintroduction dans le milieu naturel :
Le 3 août 2010 naissait Tao Tao (lire l'article), un panda âgé aujourd'hui de 21 mois, qui est aujourd'hui un candidat potentiel à une réintroduction dans le milieu naturel.
Ce jeune panda qui pèse aujourd'hui 31,6 kilos, et sa mère Cao Cao, vivent en effet à la base de réintroduction d'Hetaoping, une antenne du Centre Chinois de Recherches et de Conservation du Panda Géant où l'objectif est de former des jeunes pandas à vivre dans un environnement semi-naturel pour qu'ils deviennent des candidats potentiels à une réintroduction future.
Depuis sa naissance, Tao Tao et sa mère Cao Cao, passent avec succès les différentes étapes du programme de formation. Leurs conditions de vie sont proches de celles du milieu naturel et les contacts avec l'homme sont très restreints.
Le 3 août 2011, j'avais dressé une restrospective de la première année de vie Tao Tao (lire l'article).
La vie du jeune panda Tao Tao, et de sa mère, a été marquée jusqu'à aujourd'hui par deux étapes décisives :
- septembre 2010 : les deux pandas qui vivaient dans un environnement simple depuis la naissance de Tao Tao début août ont été transférés vers un environnement semi-naturel relativement plus complexe (lire l'article), à une altitude de 1 800 mètres, et d'une superficie de 2 400 m². Dans cet enclos, les deux animaux ont eu à affronter pluies diluviennes (lire l'article) et chutes de neige (lire l'article).
- 20 février 2011 : Tao Tao, alors âgé de 6 mois, et sa mère Cao Cao, ont été déplacés vers un enclos beaucoup plus grand (40 000 m²), situé à une altitude de 2 200 mètres (lire l'article). Cao Cao a été équipée à cette occasion d'un collier GPS. Là également, les conditions météorologiques ont été rudes avec de fortes chutes de neige, sans poser de problèmes majeurs aux deux pandas (lire l'article).
Huang Yan, ingénieur en chef adjoint du Centre Chinois de Recherches et de Conservation du Panda Géant explique « Tao Tao n'est pas dépendant de l'homme [...], il fuit la présence humaine et est très vigilant. Il suit sa mère activement et grimpe avec aisance aux arbres ».
Tao Tao et sa mère Cao Cao dans le second enclos, celui de 40 000 m²
Le jour de ses 21 mois, le 3 mai 2012, Tao Tao et sa mère Cao Cao sont entrés dans la troisième phase, la dernière, du programme de réintroduction. Ils ont été transférés dans un enclos de 240 000 m² à une altitude comprise entre 2 150 et 2 500 mètres. Tao Tao va ainsi apprendre davantage à discerner les ennemis naturels et à contourner le danger. Ses instincts devront se renforcer et pour cela les chercheurs vont diffuser des sons d'animaux dangereux, telle la panthère des neiges, pour habituer le jeune panda à être méfiant des bruits suspects. « C'est une phase très importante pour Tao Tao. Encore allaité par sa mère, il va devoir sélectionner lui même les bambous sauvages pour s'en nourrir progressivement. Ce processus de sevrage est très important pour lui. On prévoit de le réintroduire dans le milieu naturel après un semestre dans ce nouvel enclos » a détaillé Huang Yan.
Un changement d'enclos est toujours un évènement compliqué, d'autant lorsque les animaux ne sont pas habitués à une atmosphère captive comme c'est le cas dans les zoos traditionnels. Le défi a été d'attirer Cao Cao et son jeune dans des cages afin de les transporter vers leur prochain enclos. L'opération a débuté à 8h du matin et a duré environ une demi-heure. Les scientifiques s'étaient révêtus de leur costume de panda comme pour les examens médicaux. Concernant Cao Cao, cela n'a pas été très compliqué puisque cette femelle panda a été captive plusieurs années ; ce qui n'est pas le cas de Tao Tao. Des pousses fraîches de bambous ont été employées pour inciter les deux pandas à rentrer dans leurs cages respectives. La cage de Tao Tao mesurait 1,5 mètres de long.
La cage de Tao Tao a été placée dans l'enclos afin que le jeune panda se l'approprie, jusqu'à y rentrer à l'intérieur. Les chercheurs ont profité de l'instant où Tao Tao était dans la cage pour le transporter vers le nouvel enclos.
Tao Tao est sorti de sa cage puis a rejoint sa mère, dans le nouvel enclos
Si tout continue à bien se dérouler, Tao Tao devrait être réintroduit dans le milieu naturel à l'automne. Même s'il avait toujours été dit que la mère panda ne serait pas relâchée, les chercheurs s'interrogent dorénavant sur ce point et n'écartent pas la possibilité de relâcher également Cao Cao. En attendant, un réseau de 200 caméras de vidéo surveillance permettra à l'équipe de scientifiques d'évaluer les capacités d'adaptation de Tao Tao dans ce nouvel enclos six fois plus grand que le précédent.
Auteur : Jérôme POUILLE
Source : Blog de Huang Yan, ingénieur en chef adjoint du CCRCGP, en charge du programme de réintroduction ; CNTV ; site officiel CCRCGP (chinapanda.org.cn)
Remerciements : Danielle Lemaire
A lire :Les actualités précédentes consacrées à Tao Tao et Cao Cao, au centre d'Hetaoping :
Le jeudi 19 avril 2012, j'ai eu l'immense plaisir, au cours de ma visite au ZooParc de Beauval, d'échanger avec Delphine Pouvreau, responsable soigneuse en charge des pandas.
A cette occasion, je tiens tout particulièrement à remercier Delphine pour sa disponibilité, sa gentillesse et pour les informations riches et passionnantes qu'elle m'a livrées lors de notre échange ; ainsi que Rodolphe et Delphine Delord, respectivement directeur et directrice pédagogie et communication du zoo et Priscille Lacoste, attachée de presse, pour l'organisation de cette rencontre et leur disponibilité sans faille à répondre à mes sollicitations.
Autre élément phare de cette visite, dont je laisserai une large place dans cet article, la première confrontation de Huan Huan et Yuan Zi avec un objet d'enrichissement, une balle carrée garnie de pousses fraîches de bambous, fixée à une branche dans l'enclos extérieur. Là également, un grand merci à Delphine Pouvreau qui m'a informé de cette expérience et des débats qui ont précédé le choix de l'objet d'enrichissement.
Lors de ma visite du 7 février 2012, j'avais consacré dans mon compte-rendu de visite un paragraphe complet sur l'équipe chargée des pandas. Sans répéter les éléments déjà apportés, précisons ici la composition de l'équipe chargée des pandas ainsi que le rôle des deux chinois envoyés par la base de Chengdu d'où sont originaires Yuan Zi et Huan Huan.
Liu Li, vétérinaire, et Zhang Hao, soigneur, sont les deux chinois qui ont voyagé en même temps que Huan Huan et Yuan Zi et qui viennent en appui au personnel de Beauval. Leur rôle est crucial : ils connaissent particulièrement bien les deux animaux et conseillent et forment l'équipe française en charge des pandas. Zhang Hao supervise le choix des espèces de bambous qui sont distribuées aux pandas et s'est rendu à ce titre chez les deux fournisseurs du zoo. Zhang Hao est actuellement le seul à pratiquer le training auprès des deux pandas (voir ci après) mais incite activement Delphine Pouvreau, responsable soigneuse des pandas, à prendre progressivement le relais.
Zhang Hao et Liu Li observent le comportement des pandas et formulent des propositions quant à l'évolution des aménagements, notamment sur l'utilisation des enclos et sur les objets d'enrichissement à offrir aux animaux. Le jour de ma visite, un premier objet d'enrichissement a été présenté aux pandas et Zhang Hao a observé patiemment au bord de l'enclos, comme le public, les réactions de Huan Huan et Yuan Zi à cette nouveauté (voir ci après).
Liu Li et Zhang Hao resteront à Beauval jusqu'au 15 juillet, date à laquelle ils seront remplacés par une nouvelle équipe chinoise pour une nouvelle période de six mois. Des chinois devraient ainsi séjourner par alternance à Beauval durant les deux premières années.
Le reste de "l'équipe pandas" est composé de 5 personnes : Delphine (responsable soigneuse), Céline, Astride, Nathan (qui partage son temps avec les éléphants) et Jing Xin. Deux vétérinaires travaillent à temps plein au zoo et sont susceptibles d'intervenir à tout moment sur les pandas : Romain Potier et Baptiste Mullot. Notons que Romain est celui qui est préférentiellement en charge des pandas et d'ailleurs c'est lui qui va développer des sujets de recherche scientifique sur la biologie des pandas.
Rappelons que Delphine Pouvreau s'était rendue à la base de Chengdu avant l'arrivée du couple de pandas, où elle a passé 15 jours en formation auprès de ses homologues chinois.
Huan Huan et Yuan Zi vont bien. Ils se sont parfaitement acclimatés à leur nouveau pays, la France, m'a confié Delphine Pouvreau. Pour elle, les deux animaux n'ont été que très peu perturbés par le voyage et mis à part les deux premiers jours, ils n'ont pas exprimé de comportement traduisant une éventuelle perturbation.
Pesant approximativement 80 kilos avant leur départ de Chine, Huan Huan et Yuan Zi avaient perdu un peu de poids les premiers jours suivants leur arrivée en France. Ce phénomène était normal au regard du long voyage qu'ils avaient subi. Aujourd'hui, Delphine m'a indiqué qu'ils pesaient tous les deux aux alentours de 85 kilos et qu'il arrivait même parfois que la femelle dépasse le mâle.
Côté alimentation, et après avoir testé plusieurs espèces de bambous auprès de leurs deux fournisseurs, les espèces favorites des deux pandas semblent être mieux connues ; même si leurs préférences varieront certainement encore au fil des saisons. Ainsi, les espèces les plus couramment commandées et consommées sont Phyllostachys bissetii, Phyllostachys violascens, Phyllostachys bambusoides, Phyllostachys aureosulcata (spectabilis), Phyllostachys mitis, Phyllostachys humilis et Phyllostachys dulcis.
Le ZooParc continue à s'appuyer sur deux fournisseurs : - la bambouseraie Ambiances et bambous, à Faverelles (Loiret), dont j'avais interrogé Marc Cotentin le 1er mars dernier (lire l'article). - la bambouseraie des Marmettes, à Fontguenand (Indre), que j'avais visité le 7 février dernier (lire l'article).
Compte-tenu de la taille assez critique de la bambouseraie de Jean Rête (bambouseraie des Marmettes), le zoo commande en plus grosse quantité à Marc Cotentin. Par exemple, en ce moment, le zoo commande entre 450 et 500 kilos auprès de Ambiances et bambous pour un approvisionnement les mardis et entre 100 et 150 kilos auprès de la bambouseraie de Fontguenand pour un approvisionnement les vendredis.
Delphine m'a révélé que les deux pandas étaient très actifs, notamment à l'extérieur. Ils ont exploré la totalité du seul enclos extérieur auquel ils ont pour l'instant accès et s'adonnent à profusion dans les arbres, les plates-formes et autres aménagements ; si bien qu'ils ont endommagé plusieurs arbres qui devaient leur procurer de l'ombre pour l'été. Du coup, certains d'entre eux ont été protégés via des fils électriques et le second enclos extérieur est en cours de réajustement pour mieux protéger la végétation nécessaire pour fournir de l'ombre lors des journées chaudes. Les pandas devraient avoir accès à ce second enclos, de même qu'au premier en même temps, d'ici quelques semaines. Les deux jeunes animaux jouent souvent ensemble et leurs jeux sont parfois musclés si bien qu'il arrive même qu'ils se griffent entre eux ! Bref, ces deux pandas avaient la réputation d'être très actifs et ils le démontrent aussi à Beauval !
A l'intérieur, les deux animaux ont en général accès aux deux enclos.
Les installations des pandas se composent de deux enclos extérieurs, d'une superficie totale de 2 000 m², et d'un bâtiment qui comprend deux enclos intérieurs, d'une superficie totale de 400 m², et des locaux non visibles du public situés au-dessous des allées piétonnes couvertes qui permettent de faire le tour des enclos intérieurs.
Les pandas géants (62 et 63) ont pour voisins les pandas roux (61) et les panthères des neiges (à gauche).
A noter que l'enclos extérieur de droite sur le plan est surplombé par une ligne haute tension EDF. Les chinois sont chagrinés par cette ligne mais l'enfouissement, le cas échéant, serait à la charge du zoo. Le zoo réfléchit à financer l'enfouissement de cette ligne.
Dans mon compte-rendu de visite du 7 février dernier, j'avais présenté un croquis des installations à l'intérieur du bâtiment de forme rectangulaire, dénommé "Centre de conservation et de reproduction des pandas géants". Or, le plan manquait de précision et Delphine m'a aidé à le corriger, en voici une version plus exacte (pour le détail de chaque pièce, se référer à mon compte-rendu du 7 février) :
Huan Huan et Yuan Zi sont de jeunes pandas et il est crucial de les initier au training, un apprentissage également dénommé conditionnement opérant, qui consiste à apprendre aux pandas d'adopter telle ou telle position, selon l'ordre donné, en échange d'une récompense. Ce training relève toute son importance lorsqu'il s'agit de pratiquer des examens médicaux simples, non invasifs, et permet ainsi d'éviter des anesthésies à répétition ainsi que du stress.
Depuis leur arrivée à Beauval, c'est le soigneur chinois Zhang Hao qui pratique le training sur les deux pandas. Il leur apprend à se tenir assis, debout, couché, agrippé aux barreaux -offrant ainsi la possibilité à l'examinateur d'apercevoir l'abdomen et les organes génitaux -, à ouvrir grand la bouche, ou encore à être immobile. Les récompenses consistent en des granulés follivores et des pommes. Sans tarder, le zoo va aménager les grilles donnant vers le bâtiment afin d'y installer une gouttière métallique qui permettra au soigneur d'apprendre aux pandas à y poser leur patte dedans afin par exemple de procéder à une prise de sang.
Delphine Pouvreau m'a expliqué que le mâle est pour l'instant plus disposé et plus patient que Huan Huan, il se prête par exemple sans faute à l'exercice de la gueule grande ouverte. Zhang Hao, présent au zoo le jour de ma visite, vient interpeller Delphine pour lui proposer sans tarder de se former au training mais le passage de relais est complexe car le training c'est avant tout une relation de proximité entre l'animal et un soigneur référent et il est toujours délicat d'impliquer plusieurs acteurs dans cette tâche.
Première expérience pour Huan Huan et Yuan Zi avec un objet d'enrichissement
Dans la nature, la principale activité des pandas sauvages est la recherche de nourriture et sa consommation. En captivité, les pandas n'ont pas à chercher leur nourriture qui leur est distribuée à volonté ou presque. De même, avec les compléments nutritifs riches en énergie qu'ils reçoivent, globalement les pandas captifs passent moins de temps par jour pour leur alimentation que leurs congénères sauvages. Ce temps libre pour les pandas captifs doit être occupé avec d'autres activités afin qu'ils ne s'ennuient pas et qu'ils n'expriment pas de comportement stéréotypé.
Susciter des activités nouvelles à l'aide d'objets ou de stratégies permettent d'enrichir le quotidien des animaux et ainsi améliorer leur bien-être. Il a été démontré que l'enrichissement avait un impact majeur sur plusieurs indices du bien-être psychologique. Les pandas régulièrement confrontés à des objets ou des stratégies d'enrichissement sont plus actifs et engagés dans des comportements divers de jeu et de non jeu. Ils expriment ainsi moins de comportements stéréotypés et montrent des signes de bien-être même en l'absence d'interaction directe avec un objet d'enrichissement. Par exemple, des études au zoo de San Diego (Etats-Unis) ont démontré que l'enrichissement occupait 2 à 3% du temps des pandas et améliorait le bien-être plus tard dans la journée.
Par exemple, les animaux peuvent se voir offrir des blocs de glace avec de la nourriture emprisonnée ce qui allonge le temps d'occupation et sollicite la mastication ; les biscuits hautement fibreux et durs riches en énergie longs à mâcher et à ingérer remplissent un peu le même rôle. L'emploi de "puzzle nutritif" contenant des pommes, carottes, biscuits incite l'animal à le manipuler pour en extraire la nourriture. La fréquence et l'heure des repas doivent varier pour limiter l'attente de la nourriture souvent couplée à des comportements stéréotypés. Des objets manipulables sont également offerts dans les programmes d'enrichissement. Ils sont choisis sur la base de leurs propriétés physiques qui facilitent des opportunités comportementales différentes.
De plus en plus de zoos abritant des pandas mettent en place des plans d'enrichissement, qui consistent en fait en une série de mesures visant à améliorer l'environnement des animaux captifs. Cet environnement concerne la structure même de l'enclos et de l'habitat mais aussi le rôle et l'importance de l'ensemble des objets mis à la disposition des animaux. L'enclos et ces objets doivent tous les deux avoir pour objectifs de développer, de stimuler et d'augmenter les choix comportementaux des animaux captifs pour que le comportement de ces derniers se rapproche le plus possible de celui de leurs congénères sauvages. Le but est bien de lutter contre l'apparition de comportements stéréotypés (exemple : l'animal tourne en rond dans son enclos) et de privilégier et stimuler le maintien de comportements physiques et mentaux normaux.
Avant de retenir et de remettre un accessoire aux animaux, ce dernier fait l'objet d'une étude spécifique pour vérifier qu'il remplisse un certain nombre de critères (exemple : s'assurer qu'il ne présente pas de danger pour l'animal, le personnel, les visiteurs ; s'assurer qu'il ne peut pas être ingéré ; s'assurer qu'il remplisse un objectif comportemental préalablement défini...). De la même façon, l'accessoire remis fait à posteriori l'objet d'une évaluation, ce qui permet d'améliorer les futurs objets.
Les plans d'enrichissement intègrent principalement 5 facteurs : le développement des comportements communicatifs, la variété des habitats de l'enclos (y compris la végétation, les points d'eau, les zones d'ombre...), le développement des opportunités sensorielles, le développement des opportunités cognitives, le développement des activités liées à la nutrition (cacher les aliments, éparpiller la nourriture...).
A Beauval, inutile de revenir sur les aménagements des enclos qui ont été pensés pour offrir aux deux pandas un environnement diversifié, riche, offrant une multitude de possibilités et d'activités.
Par contre, pour l'instant, l'équipe de soigneurs n'avait pas encore introduit d'objet d'enrichissement dans les enclos. Le jour de ma visite, Zhang Hao a interpellé Delphine pour lui demander son avis sur l'introduction potentielle d'un objet d'enrichissement en début d'après-midi. Zhang Hao évoque un sac en toile de jute (cet objet a déjà été offert dans d'autres zoos hébergeant des pandas) mais Delphine lui émet des réserves de sa direction sur cet objet et ils conviennent tous les deux de proposer plutôt une grosse balle en plastique dans laquelle seront glissées des pousses fraîches de bambous.
Ainsi, alors que Huan Huan et Yuan Zi sont rentrés dans leur enclos intérieur, les soigneurs pendent à un arbre la balle sélectionnée dans laquelle ils ont préalablement coincé des pousses fraîches de bambous. Va alors commencer l'observation du comportement des deux pandas une fois qu'ils rentreront dans l'enclos extérieur.
Huan Huan et Yuan Zi font leur entrée dans l'enclos extérieur. Dans un premier temps, ils restent vers le bassin et la cascade puis rejoignent progressivement les tas de bambous fraîchement disposés et répartis dans l'enclos. Malgré les appels à répétition de Zhang Hao, qui scande le nom des deux pandas, ces derniers font comme si de rien était et continuent à manger les bambous qu'ils ont pu trouver. Progressivement, les pandas se déplacent de tas de bambous en tas de bambous mais n'aperçoivent toujours pas l'objet inédit placé dans leur enclos.
Ce n'est que plus d'une heure plus tard que la femelle, Huan Huan, semblant rejeter un des tas de bambous, s'approche d'un nouveau tas, celui posé à proximité immédiate de l'objet suspendu. Elle remarque alors immédiatement la nouveauté et s'en approche prudemment. Elle va se déplacer un peu autour de la balle et lève la tête tout en cambrant légèrement le dos mais ne va à aucun moment toucher l'objet. Elle va préférer s'en éloigner pour rejoindre les bambous qui valaient initialement sa venue dans le secteur. Pendant ce temps le mâle mange encore les pousses d'un des tas plus loin.
Une quainzaine de minutes plus tard, Yuan Zi termine d'explorer les tiges d'un des tas de bambous puis rejoint le secteur de la femelle où un autre tas de bambous est disposé. Immédiatement, il remarque à son tour la balle suspendue. Comme la femelle, il va s'en approcher doucement tout en levant la tête et cambrant le dos. Puis il tend rapidement la patte qui entre en contact avec l'objet. Surpris par le mouvement de balancier induit par le coup de patte, Yuan Zi recule immédiatement tout en gardant un œil attentif sur la balle. Il réitère le coup de patte à trois ou quatre reprises, suivi du même comportement de recul en arrière devant le balancement de la balle. Il va alors se tenir debout sur son postérieur pour observer à distance la balle avant de la toucher à nouveau avec sa patte. La femelle tourne de temps en temps la tête pour voir ce que fait Yuan Zi. Toujours surpris par le mouvement de balancier, Yuan Zi recule puis semble ne pas vouloir s'épuiser à comprendre ce dont il s'agit et préfère alors se tourner à son tour vers le tas de bambous où Huan Huan mange déjà.
Vers 15h, j'ai ré-interrogé le personnel du zoo qui m'a avoué que ni Huan Huan ni Yuan Zi n'étaient retournés vers la balle. A cette heure-ci, les deux animaux se reposent chacun de leur côté.
11 avril 2012 : L'Indonésie pourrait recevoir des pandas en échange de varans de Komodo prêtés à la Chine :
L'Indonésie et la Chine prévoient de s'échanger deux de leurs espèces emblématiques, le varan de Komodo (ou dragon de Komodo) et le grand panda, comme symbole de leurs relations diplomatiques bilatérales.
Après une rencontre hier mardi 10 avril entre le vice-premier ministre chinois chargé de l'agriculture Hui Liangyu et le vice-président d'Indonésie Boediono, dans le bureau du vice-président à Jakarta, le porte-parole de la vice-présidence, Yopie Hidayat, a déclaré aux journalistes que les « deux animaux, qui sont des icônes des deux pays, seront échangés pour renforcer les relations entre les deux pays ».
Le porte-parole a expliqué que la visite de Hui Liangyu faisait suite à différents accords pris lorsque le Président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono s'était rendu en Chine lors d'une visite d'Etat le 24 mars dernier et qu'il avait rencontré le Président chinois Hu Jintao à Beijing.
Le zoo indonésien susceptible d'accueillir les pandas n'est pas encore connu pour l'instant.
28 mars 2012 : Le 4ème recensement national des grands pandas sauvages se poursuit dans la province du Shaanxi :
Les autorités forestières de la province du Shaanxi, une des trois provinces où le panda géant vit à l'état sauvage, ont annoncé lundi 26 mars avoir débuté les opérations de recensement des pandas sauvages. Ce recensement s'inscrit dans le cadre du quatrième recensement national des grands pandas et de leur habitat (lire l'article).
Des mois de préparation ont précédé le lancement de ce comptage dans les Monts Qinling et ont permis de former plus de 600 patrouilleurs.
Le 4ème recensement national a été lancé en octobre 2011 après une phase de test dans la réserve naturelle de Wanglang (lire l'article). Un recensement de ce type permet non seulement de connaître les effectifs de l'espèce mais aussi la distribution et le statut de son habitat. Il s'agit du 4ème recensement lancé à l'échelle de la totalité de l'habitat du panda. Le dernier recensement, qui s'est déroulé de 1999 à 2003 sur le terrain et dont les résultats définitifs ont été publiés en 2004, a montré que 1 596 pandas vivaient dans les 3 provinces chinoises du Sichuan, du Gansu et du Shaanxi.
Le travail de terrain dans la province du Shaanxi devrait durer jusqu'en octobre 2013.
Pour effectuer ce recensement, les chercheurs utilisent des techniques de transects linéaires couvrant l'ensemble du territoire du panda. Une équipe s'installe sur une portion de territoire et la partitionne en blocs pour le comptage, chaque membre de l'équipe se voit alors attribuer une section de ce territoire d'entre 1,2 et 1,5 km². Tous les signes de présence du panda sont relevés : traces sur les arbres, crottes, tanières, contacts visuels... et la technologie GPS permet de relever précisément la position de l'indice découvert. Les effectifs seront déduits principalement des excréments (crottes) trouvés le long de transects dans l'ensemble de l'aire de répartition géographique de l'espèce. Les excréments sont une signature car sur la base de leur séparation géographique et de la taille des fragments de tiges de bambous qu'ils contiennent, sachant que ces fragments sont le reflet de la taille des fragments après mastication/morsure - chaque panda ayant des caractéristiques de morsure sensiblement différentes -, il devient alors possible de différencier des crottes n'appartenant pas à un même individu. Les échantillons collectés lors du recensement sont analysés sur le terrain ou au laboratoire : les chercheurs extraient et mesurent les morceaux de bambous dans les crottes et en couplant ces données à l'emplacement géographique ils ont alors une idée précise du nombre de pandas dans un secteur donné.
Ajouté à cela, et c'est une nouveauté de ce quatrième recensement, les chercheurs effectuent des analyses ADN des crottes. En effet, depuis le dernier recensement, de nouvelles techniques de dénombrement des pandas, déjà testées à l'échelle de la réserve de Wanglang en 2004, se sont révélées plus précises. Afin d'éviter de dénombrer plusieurs fois un même animal ou au contraire d'attribuer des indices à un même animal alors qu'ils appartiennent à plusieurs, les nouvelles techniques consistent aujourd'hui à analyser génétiquement les crottes afin de s'assurer qu'elles appartiennent à un individu unique. C'est ainsi que pour la réserve de Wanglang, le nombre de pandas estimé grâce à cette technique a été doublé par rapport aux effectifs issus du 3ème recensement.
Une équipe de chercheurs mesure les fragments de bambous non digérés dans les crottes de pandas afin de différencier les individus, dans la province du Sichuan - 2011 (photo Adrienne Mong - MSNBC)
Les résultats définitifs de ce quatrième recensement ne devraient pas être connus avant 2014. Il permettra en outre d'avoir des informations plus détaillées sur l'impact du séisme de mai 2008 sur le panda et son habitat.
Le premier recensement s'était déroulé entre 1974 et 1977 et avait permis de dénombrer les pandas géants mais aussi d'autres espèces rares. Quelques 2 259 pandas avaient été comptabilisés dans 43 comtés, ce chiffre étant à prendre avec précautions. Le second s'était quant à lui déroulé de 1985 à 1988 et avait dénombré 1 114 pandas sauvages dans 34 comtés et ses résultats avaient été utilisés pour développer le plan de gestion national des pandas géants de 1989.
Voici les principales données issues du troisième recensement :
Auteur : Jérôme POUILLE
Sources : MSNBC, Xinhua, Los Angeles Times, The 3rd National Survey Report on Giant Panda in China